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Mais Liu profite aussi de cet espace de quelques minutes pour se livrer à
son péché mignon, des exercices de style toujours époustouflants de virtuosité
qu'il vaut mieux voir que raconter. On peut cependant remarquer que,
libéré des contraintes d'un récit classique (exposition, psychologie des
personnages...), Liu fait basculer ces moments dans une dimension onirique
où presque tout est permis : le héros peut ainsi s'envoler dans les airs,
comme dans SHAOLIN AND WU TANG, un artifice courant dans le cinéma de Hong
Kong mais exceptionnel chez ce cinéaste dont les combats sont toujours réalistes
ou du moins plausibles (à l'inverse de King Hu par exemple). Il affronte aussi
quelques "adversaires" étranges et abstraits, comme Fu Sheng contre le pantin
de bois des DISCIPLES DE SHAOLIN, les volées de flèches que l'on esquive, en
plan-séquence s'il vous plaît, dans DIRTY HO, le bouddha humain formé par les
combattants dans SHAOLIN AND WU TANG, ou encore la chûte d'eau (!) probablement
fourbe et retorse que Liu Chia-Hui corrige au début de LA 36 CHAMBRE DE SHAOLIN.
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Au niveau mise en scène, si on reconnaît immédiatement le style de Liu
(scope magnifique, cadrages et montage virtuoses, plans-séquences
impossibles...), on remarque que certains effets sont ouvertement
plus tape-à-l'oeil que dans les films : zooms exorbités sur le crâne
de Liu Chia-Hui dans LA 36EME CHAMBRE, où viennent s'écraser en très
gros plan quelques fines gouttelettes (les restes de la chûte d'eau),
ou les arrêts sur images pour le moins osés pendant le combat de David
Chiang dans LA MANTE RELIGIEUSE, qui peuvent être vus comme une exagération
des ralentis que Liu utilise habituellement dans les films pour mettre en
valeur un coup ou un geste précis.
Outre leur grande beauté formelle et leur originalité, on peut de plus voir ces génériques comme des sortes de "laboratoires d'expérimentation" qui ont révélé une la formule qui fait aujourd'hui la renommée du cinéma de l'ex-colonie. Bien sûr, Liu Chia-Liang n'a rien inventé et ils étaient nombreux dans les années 70 à Hong Kong les films présentant de tels génériques, probablement inspirés de classiques japonais des sixties (voir certains ZATOICHI avec Shintaro Katsu par exemple). Mais on peut parier que les grands d'aujourdhui comme Ching Siu-Tung (le Gerry Anderson Chinois), Tsui Hark (avec ses monstres en plastique), sans oublier "Monsieur arrêt sur image", John Woo himself, doivent en partie leur notoriété à ces délires expérimentaux qu'ils ont étendu à leurs films tout entiers. |
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Cela dit quelques grands de Hong Kong ont plagié Liu de façon bête et
un peu trop littérale. Ainsi Yuen Woo-Ping dans son film consacré à Wong
Feï-Hung, DRUNKEN MASTER, nous ressert dans une scène le générique du
COMBAT DES MAITRES ! Dans ce film, le premier à mettre en scène Wong Feï-Hung
jeune, Liu Chia-Hui effectue, dans un décor de studio, des mouvements dont
les noms sont peints sur les murs en arrière-plan, tandis qu'une voix-off
surgie de nulle part (toujours cette volonté d'abstraction) les énumère d'un
ton monocorde. Chez Yuen, pendant une des phases d'entraînement de Jackie,
nous sommes cette fois en pleine nature, la voix-off est remplacée par celle
du vieux maître, bien présent à l'image, et tandis que Jackie effectue les
mouvements, les idéogrammes correspondants apparaissent en surimpression
sur l'image. Bravo pour l'adaptation, mais zéro pointé pour l'originalité !
Comme par hasard, cette scène n'apparaît pas dans certaines versions, mais
nous est aimablement proposée dans le documentaire anglais de Toby Russel,
CINEMA OF VENGEANCE (en cassette PAL). Je n'ai pas vu la version de HK
Vidéo de DRUNKEN MASTER, mais s'ils proposent bien la version longue, elle
doit y être, contrairement au DVD douteux (mais pas cher) qu'ils ont sorti
récemment.
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On trouve par ailleurs chez HK deux travaux essentiels de Liu, bien
qu'un peu à part dans sa filmographie, puisque coproduits avec la
Chine Populaire, je veux bien sûr parler du TEMPLE DE SHAOLIN et des
ARTS MARTIAUX DE SHAOLIN. Dans le premier, c'est lui qui a mis en boîte,
dans les studios de la Shaw Brothers, la superbe scène d'entraînement de
Jet Lee, dite des "quatre saisons". Bien qu'elle ne soit pas un générique
(elle est située au milieu du film), elle s'y apparente tout à fait,
dans le fond et dans la forme, et donne une idée exacte de ses travaux
plus anciens. Puis, six ans plus tard, en 1986, Jet et Liu se retrouvent
à nouveau dans LES ARTS MARTIAUX DE SHAOLIN, cette fois entièrement
réalisé par Liu.
Bien que le film soit hélas le chant du cygne du genre (qui sera relancé par Tsui Hark avec SWORDSMAN et OUATIC en 1991), le maître arrive de nouveau à réunir lors du générique, comme à la belle époque, tous les ingrédients indispensables pour nous proposer un avant-goût de ce qui va suivre : démonstration des capacités martiales des deux héros (à mains nues et au bâton), ennemi abstrait (l'arbre que Jet pilonne allègrement), puis un envol surréaliste, et peut-être le plus important, résumé du scénario grâce à une belle métaphore : comme les oiseaux qui tombent de leur nid, Jet devra quitter le temple pour accomplir sa destinée. Cerise sur le gâteau, le thème principal du film est également évoqué. En effet, l'hypothétique réunion des deux écoles Shaolin, celle du Mont Song et celle de Putian, soulignée dans la première partie du film par les aventures parallèles des trois protagonistes, et dans la deuxième partie par le mariage prévu de longue date entre Jet et l'héroïne, nous est proposée dès le début par Liu qui réunit à l'écran les deux héros qui ne se connaissent pas encore, mais s'entraînent "ensemble" à l'écran par la grâce d'un superbe montage alterné. Imparable ! |
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A ce niveau de cohérence formelle et thématique, on ne peut
s'empêcher de rapprocher ces morceaux de bravoure des travaux
des deux grands du générique en occident, Saul Bass et Maurice
Binder bien sûr, qui ont peut-être influencé sans le savoir ces
Chinois du bout du monde, d'autant plus qu'ils sont étroitement
liés à l'histoire du cinéma anglais (Hitchcock et les James Bond bien sûr).
Récemment on a pu voir ainsi des parodies des génériques de l'espion le plus célèbre du monde dans FROM BEIJING WITH LOVE et sa "suite" FORBIDDEN CITY COP. Cela dit, en remontant un peu dans le temps, on peut se demander qui influence qui. Ainsi dans un des fameux génériques de la série télé anglaise CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR (THE AVENGERS, vous noterez d'ailleurs comment le titre original sonne comme celui d' un film HK), on voit Steed et Emma Peel évoluer dans un décor blanc garni de quelques meubles (tiens ?), Steed qui cueille pour elle une fleur à la pointe de son parapluie-épée, tandis qu'elle prend la pose, façon arts martiaux, en ombre chinoise ! Un air de famille, non ? Une logique d'import-export, comme disait Chow Yun-Fat dans le premier numéro d'HK, facilitée ici par les relations privilégiées qu'entretenaient jusqu'à très récemment Hong Kong et la Grande-Bretagne, dont ont sûrement profité des producteurs aussi avisés qu'Albert broccoli et Brian Clemens, James et Emma pratiquant régulièrement des arts martiaux lors de leurs aventures (enfin, disons qu'ils essaient). S'étonnera-t-on alors d'avoir récemment vu Michelle Yeoh dans un James Bond ? Dommage que le tâcheron de service, Roger Spottiswoode je crois, n'ai pas su la filmer ne serait-ce que correctement. |
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