|
Le Wu Xia Pian est un genre à part entière
du cinéma chinois, il pourrait être l'équivalent du
cinéma de cape et d'épée français, c'est l'élément
fondateur du cinéma populaire.
Le cinéma de Hong-Kong est un de type populaire : beaucoup de comédies, de films d'actions (assez violents, voir trop ; cf. "Big Heat de Johnnie To). Le wu xia pian (film de combat chevaleresque) a donné naissance au kung fu pian (vulgairement les "films de karaté"), à la comedy pian (à l'heure actuelle essentiellement les films de Jackie Chan et de Samo Hung, pour ne citer que les plus célèbres). L'autre type de production étant la catégorie III (films horrifiques /gores, et le cinéma érotique, la pornographie étant interdite). Le wu xia pian, emprunte principalement sa structure au "chambara" (film de sabre japonais) et à l'opéra mandarin. |
|
|
Cette architecture se reporte sur le fond
(les personnages) et la forme (le scénario,technique de
découpage). En effet la structure du scénario reste
linéaire marquée à des moments opportun de scènes
d'action venant casser le rythme dramaturgique de
l'histoire, comme l'entracte dans l'opéra.
Le genre évolue au fil du temps et des époques jusqu'à ce que son essence même en soit changé, modifié. En effet Chang Cheh ou Run Run Chaw , les deux personnages tour à tour réalisateurs et producteurs, échappés du communisme et de la guerre abandonnèrent petit à petit la qualité des films en langue mandarin pour se spécialiser dans la production de film en cantonnais (les films cantonnais étaient jusqu'en 1950/70 des films qualifiés de série "B", les films en mandarin étaient considérés comme "des films d'auteurs", c'étaient souvent des opéras chantés), ils dénaturèrent le genre (apparu en 1920) du wu xia pian pour en faire un produit de plus en plus commercial. Mais ne dénaturèrent pas les bases crée par Ma Ka fai (créateur du genre au cinéma ). Il créa les base scénaristique/scénique du film de chevalerie, ainsi se qui marque se genre les combat fantaisiste et surnaturel. |
|
La vengeance devenait alors le moteur essentiel
de ce genre. L'héroïsme ne disparaît pas pour autant,
en effet des personnages comme "le manchot" ou
Wong Fei-hung, restent très présents et permettent au
genre de perdurer, jusqu'aux années 80/90, période où
le polar vient à la rescousse du wu xia pian.
Exit les combats aériens, exit les sabres, exit les personnages féminins, le wu xia pian moderne devient un genre proche du film noir ; polar sombre, personnages masculins principalement. Les pistolets crachent des flammes, mais l'honneur et le respect des innocents et des adversaires restent bien présents, cf. : "The Killer"(1989). Le but recherché est de divertir les masses. Le wu xia pian voit alors sa structure se réduire à son plus simple appareil le "you xia" (chevalier errant) et les combats. Pourtant tout au long de son existence ce genre a gardé son essence au travers de nombreux films. |
|
|
Le wu xia pian renaît avec
"the true story of wong fei hung" en 1949,
avec Kwan Tak-hing dans le rôle principal.
De 1949 à 1973, le wu xia pian est un genre qui permet alors de libérer le spectateur de l'occupation japonaise et anglaise ("les vilains" sont joués par des hommes blancs, trafiquants d'esclaves, de drogue ou d'armes, ils sont appelés les "gweilos" : fantômes blancs). Il devient pour un temps un cinéma patriotique. Le wu xia pian malgré ces reformatages reste un genre immortel, par ses personnages, ses héros : les chevaliers. Et de par sa source très encrée dans la culture du continent asiatique: emprunt au chambara japonais, à la littérature chinoise de 403-221 av. JC avec le Shua Jian Pian, le principal héros du wu xia étant wong fei-hung (héros réel mort en 1924). Le wu xia pian se développe et se transforme avec l'expansion des films en mandarin, et surtout il permet à partir de 1950 le développement des studios cantonnais établis à Hong Kong et des studios Taiwanais. |
|
Voilà pourquoi au fil des époques et des courants
cinématographiques ce genre a perduré, faisant preuve
d'une vitalité et d'une capacité à se renouveler
apparemment inépuisables. Le wu xia pian est un
recyclage impur de la littérature chinoise, de part
le fait de ses reformatages incessants et de son
statut cinématographique. En effet , la structure
même du genre est recopié inlassablement depuis
le début du cinéma en Asie, ce qui implique que
certains auteurs aient décidé de décliner, modifier
les codes afin de faire perdurer le genre. Tout cela
subordonné à plusieurs facteurs contradictoires
(économique, politique et culturel) qui rendent
difficile d'établir une chronologie exacte de ces
modifications successives.
Le wu xia pian, était fondé exclusivement sur des personnages féminins jusqu'au milieu des années 70, "Zu, les guerriers de la montagne magique", et "chinese ghost story" en sont les exemples les plus internationalement connus. Il a fallu attendre 1979 avec un film de John Woo : "Last Hurrah for Chivalery" pour voir apparaître, une transition majeure: des personnages masculins dans les rôles principaux ; la transition s'est faite d'ailleurs par des personnages non dénués d'homosexualité, comme certains films de Chang Cheh son mentor. |
|
|
"The Blade" est un tournant important dans le Wu xia Pian
moderne il apporte beaucoup de profondeur
psychologique aux personnages ainsi qu'un scénario
pourvu de ressort dramaturgique. La vengeance
de "Ding Hong" (le personnage manchot), est
reléguée au second plan, son parcours initiatique,
et sa quête de spiritualité (déchiré entre la
religion chrétienne de son père et le bouddhisme
de son beau-père) sont les fondements du film.
La question du "champs de l'emprise" aussi permet
au film de jouer sur un terrain plus profond. Les
personnages du Wu xia Pian deviennent de plus en
plus Shakespeariens, parfois non décisionnaires
comme l'était le personnage d'Hamlet.
Le film de chevalerie se modernise, rénove ses codes, les personnages sont plus dramatiques, les situations aussi. La structure originelle revient au galop relayant les combats au second plan, ils deviennent une soupape permettant de libérer la violence et d'exprimer les déchirement intérieurs des personnages, ils deviennent non plus des "entractes" mais on a une réelle signification et importance dans le récit. |
|
Nous avons maintenant des gardes du corps, des policiers,
des tueurs à gages incorruptibles, respectant certaines
valeurs vieillissantes voir disparues ou mortes dans
notre époque, confrontés à une lutte de générations.
Les jeunes sont sans scrupule, sans règles ou bien alors ils en créent de nouvelles et deviennent des héros : racket, viol, trahisons et lynchages sont alors les règles, le principe devient qu'il n'y a plus de règle. Le climat de la rétrocession met cette "anarchie" en exergue, cf. : "young and dangerous". Les héros historiques comme Wong Fei-Hung, où le chevalier manchot, deviennent des personnages de BD, de jeux vidéo (Black Mask / Young and dangerous / Storm Riders). C'est d'ailleurs Andrew Lau, un jeune réalisateur qui amènera la production du wu xia pian dans ses derniers retranchements au cours des années 90. Il crée alors un cinéma de moins en moins chinois et de plus en plus proche du "blockbuster" américain. Des films ou les chevaliers sont devenu des jeunes délinquants irresponsables : "Legend of speed", ou bien de jeunes apprentis chevaliers irresponsables "A Man Called Hero". |
|
|
Ce dernier film boucle le cercle. Le chevalier
"Hero Chua", et oui " il s'appelle Hero" devient
un héros de l'émigration chinoise aux USA au
début du siècle en subissant un parcours de
rédemption, et de privation. Pour finir par se
battre sur la "statue de la liberté" (créé en
image de synthèse/ donc pleine de symbolisme)
avec un maître Japonais qui après s'être rendu
aveugle a tué toute sa famille, "afin de ne
pas avoir à respecter une tradition chevaleresque".
Alors se dessine à tout jamais les deux voies du chevalier : ascendante (le délinquant qui devient chevalier) et descendante (le chevalier qui meurt pour la cause). Au cours des ans les films de Hongkong ont gagné en maturité, les scénarios deviennent plus étoffés, les personnages gagnent en profondeur, et le film d'action devient un film culte, d'auteur. La rétrocession ayant fait fuir ces artisans majeurs, le cinéma hongkongais est obligé de partir à l'assaut de l'étranger : " Hidden Dragon, Crouching Tiger " de Ang Lee en est le meilleur exemple, Wong Kar Wai ayant ouvert la voie avec ses différents succès lors des derniers festivals de Cannes. |
|
Ses personnages évoluent, de maître à délinquant.
Sa structure elle pourtant reste linéaire, pure,
le combat chevaleresque reste le principe du film.
L'action héroïque qui vient souligner le drame
(cf.: the killer, beyond hypothermia ), ces
personnages aussi restent des chevaliers quel
que soit l' époque ou leur statut. Le wu xia pian
garde une structure linéaire au niveau scénaristique
afin de pouvoir "simplement" mieux l'adapter aux
modes, le personnage lui subit une mutation, ou
plutôt une transposition afin de mieux coller
à son époque
Le wu xia pian est le film chinois, film interdit en chine populaire car jugé trop décadent, mais qui perdure malgré la rétrocession. Ce genre populaire resta aussi malgré l'évasion en occident (principalement aux USA) de ses meilleurs artisans modernes. Le wu xia pian film profondément encré dans la culture chinoise obtient ainsi une identité internationale, avec des films comme "Heat" de M. Mann (qui fait référence à OCTB), ou "Volte Face" de John Woo. Le dernier film d'Ang Lee " Crouching Tiger", en est le meilleur exemple de récupération par les studios Hollywoodiens du genre, qui ne peuvent toujours pas faire de wu xia pian sans une équipe technique, des auteurs, des acteurs, bref des artistes asiatiques; tellement le wu xia pian est un genre exclusivement dominé par les chinois (même si le réalisateur est taiwanais). |
|
|
Ce genre reste classique, subissant répétitivement des
transformations qui ne font que le ramener à sa
structure littéraire, son fondement. Le personnage
évolue, se transmute mais reste dans le fond un
chevalier. C'est cela qui rend ce genre immortel
et c'est ce que je vais tenter de démontrer dans
mon mémoire malgré les contradictions historiques,
les mutations engendrées au fils du temps, ses
revirements, ses rebondissements. Le wu xia pian
est resté identique malgré tout et envers tout et
c'est ce qui en fait un genre unique. Le cinéma
d'horreur, le western, la nouvelle vague ou le
dogme disparaissent et renaissent pour mieux mourir.
|
|
|
|