LE WU-XIA-PIAN, 1ER DOSSIER

Dossier réalisé par PAINBLANC Ludovic
(Waingro ou Macneil sur Caramail)
waingro@free.fr


Le Wu Xia Pian ("films de chevalerie"), structure et personnage.
Ou comment un genre cinématographique peut -il être immortel ?


Le Wu Xia Pian est un genre à part entière du cinéma chinois, il pourrait être l'équivalent du cinéma de cape et d'épée français, c'est l'élément fondateur du cinéma populaire.

Le cinéma de Hong-Kong est un de type populaire : beaucoup de comédies, de films d'actions (assez violents, voir trop ; cf. "Big Heat de Johnnie To).
Le wu xia pian (film de combat chevaleresque) a donné naissance au kung fu pian (vulgairement les "films de karaté"), à la comedy pian (à l'heure actuelle essentiellement les films de Jackie Chan et de Samo Hung, pour ne citer que les plus célèbres). L'autre type de production étant la catégorie III (films horrifiques /gores, et le cinéma érotique, la pornographie étant interdite).

Le wu xia pian, emprunte principalement sa structure au "chambara" (film de sabre japonais) et à l'opéra mandarin.
   
Cette architecture se reporte sur le fond (les personnages) et la forme (le scénario,technique de découpage). En effet la structure du scénario reste linéaire marquée à des moments opportun de scènes d'action venant casser le rythme dramaturgique de l'histoire, comme l'entracte dans l'opéra.
Le genre évolue au fil du temps et des époques jusqu'à ce que son essence même en soit changé, modifié.

En effet Chang Cheh ou Run Run Chaw , les deux personnages tour à tour réalisateurs et producteurs, échappés du communisme et de la guerre abandonnèrent petit à petit la qualité des films en langue mandarin pour se spécialiser dans la production de film en cantonnais (les films cantonnais étaient jusqu'en 1950/70 des films qualifiés de série "B", les films en mandarin étaient considérés comme "des films d'auteurs", c'étaient souvent des opéras chantés), ils dénaturèrent le genre (apparu en 1920) du wu xia pian pour en faire un produit de plus en plus commercial. Mais ne dénaturèrent pas les bases crée par Ma Ka fai (créateur du genre au cinéma ). Il créa les base scénaristique/scénique du film de chevalerie, ainsi se qui marque se genre les combat fantaisiste et surnaturel.
L' abandon de la langue, puis de plus en plus de combats au détriment de la qualité des scénarii, entre 1960/80 il ne restait malheureusement que des exploits guerriers dans les films de ce genre. Cela sous l'influence de la mode du film de kung-fu en 1970 sous l'impulsion de Bruce Lee.


"L'entracte" prend le dessus sur l'histoire réduite à :"Seigneur il a insulté votre école"

La vengeance devenait alors le moteur essentiel de ce genre. L'héroïsme ne disparaît pas pour autant, en effet des personnages comme "le manchot" ou Wong Fei-hung, restent très présents et permettent au genre de perdurer, jusqu'aux années 80/90, période où le polar vient à la rescousse du wu xia pian.
Exit les combats aériens, exit les sabres, exit les personnages féminins, le wu xia pian moderne devient un genre proche du film noir ; polar sombre, personnages masculins principalement. Les pistolets crachent des flammes, mais l'honneur et le respect des innocents et des adversaires restent bien présents, cf. : "The Killer"(1989).

Le but recherché est de divertir les masses. Le wu xia pian voit alors sa structure se réduire à son plus simple appareil le "you xia" (chevalier errant) et les combats.

Pourtant tout au long de son existence ce genre a gardé son essence au travers de nombreux films.

 
Le wu xia pian renaît avec "the true story of wong fei hung" en 1949, avec Kwan Tak-hing dans le rôle principal.
De 1949 à 1973, le wu xia pian est un genre qui permet alors de libérer le spectateur de l'occupation japonaise et anglaise ("les vilains" sont joués par des hommes blancs, trafiquants d'esclaves, de drogue ou d'armes, ils sont appelés les "gweilos" : fantômes blancs). Il devient pour un temps un cinéma patriotique.

Le wu xia pian malgré ces reformatages reste un genre immortel, par ses personnages, ses héros : les chevaliers. Et de par sa source très encrée dans la culture du continent asiatique: emprunt au chambara japonais, à la littérature chinoise de 403-221 av. JC avec le Shua Jian Pian, le principal héros du wu xia étant wong fei-hung (héros réel mort en 1924).
Le wu xia pian se développe et se transforme avec l'expansion des films en mandarin, et surtout il permet à partir de 1950 le développement des studios cantonnais établis à Hong Kong et des studios Taiwanais.
En résume le film de sabre ou wu xia pian est né d'une tradition historique, littéraire et orale qui remonte à l'origine de la culture chinoise, régi par des codes et figures de style aussi nombreux que complexes, il est l'émanation directe de tout l'univers spirituel de la Chine.


Le Wu xia pian est un genre purement héroïque,
basé sur les valeurs morales et individuelles de ses protagonistes.

Voilà pourquoi au fil des époques et des courants cinématographiques ce genre a perduré, faisant preuve d'une vitalité et d'une capacité à se renouveler apparemment inépuisables. Le wu xia pian est un recyclage impur de la littérature chinoise, de part le fait de ses reformatages incessants et de son statut cinématographique. En effet , la structure même du genre est recopié inlassablement depuis le début du cinéma en Asie, ce qui implique que certains auteurs aient décidé de décliner, modifier les codes afin de faire perdurer le genre. Tout cela subordonné à plusieurs facteurs contradictoires (économique, politique et culturel) qui rendent difficile d'établir une chronologie exacte de ces modifications successives.

Le wu xia pian, était fondé exclusivement sur des personnages féminins jusqu'au milieu des années 70, "Zu, les guerriers de la montagne magique", et "chinese ghost story" en sont les exemples les plus internationalement connus. Il a fallu attendre 1979 avec un film de John Woo : "Last Hurrah for Chivalery" pour voir apparaître, une transition majeure: des personnages masculins dans les rôles principaux ; la transition s'est faite d'ailleurs par des personnages non dénués d'homosexualité, comme certains films de Chang Cheh son mentor.
 
Ce réalisateur d'ailleurs a reformaté le wu xia pian, en remplaçant les sabres et les combats acrobatiques en introduisant les armes a feu et des scènes d'actions chorégraphiées, et un montage très novateur au niveau technique (essentiellement dans les films montés par David Wu, ou Christian Wagner, cela n'étant pas probant chez les autres monteurs).
Mais sans retoucher à sa structure narrative et ses codes (chevalier, combat, drame).

Au cours des années 70 nous avons donc vu une mutation du Wu xia pian, transfert des personnages principaux féminins vers des personnages masculins homosexuels, vers des personnages hétérosexuels (the killer/1989) ou asexués.

   
"The Blade" est un tournant important dans le Wu xia Pian moderne il apporte beaucoup de profondeur psychologique aux personnages ainsi qu'un scénario pourvu de ressort dramaturgique. La vengeance de "Ding Hong" (le personnage manchot), est reléguée au second plan, son parcours initiatique, et sa quête de spiritualité (déchiré entre la religion chrétienne de son père et le bouddhisme de son beau-père) sont les fondements du film. La question du "champs de l'emprise" aussi permet au film de jouer sur un terrain plus profond. Les personnages du Wu xia Pian deviennent de plus en plus Shakespeariens, parfois non décisionnaires comme l'était le personnage d'Hamlet.

Le film de chevalerie se modernise, rénove ses codes, les personnages sont plus dramatiques, les situations aussi. La structure originelle revient au galop relayant les combats au second plan, ils deviennent une soupape permettant de libérer la violence et d'exprimer les déchirement intérieurs des personnages, ils deviennent non plus des "entractes" mais on a une réelle signification et importance dans le récit.

Il ne s'agit plus seulement de quête ou de vengeance, mais bien d'un réveil spirituel des personnages.

Nous avons maintenant des gardes du corps, des policiers, des tueurs à gages incorruptibles, respectant certaines valeurs vieillissantes voir disparues ou mortes dans notre époque, confrontés à une lutte de générations.

Les jeunes sont sans scrupule, sans règles ou bien alors ils en créent de nouvelles et deviennent des héros : racket, viol, trahisons et lynchages sont alors les règles, le principe devient qu'il n'y a plus de règle. Le climat de la rétrocession met cette "anarchie" en exergue, cf. : "young and dangerous". Les héros historiques comme Wong Fei-Hung, où le chevalier manchot, deviennent des personnages de BD, de jeux vidéo (Black Mask / Young and dangerous / Storm Riders). C'est d'ailleurs Andrew Lau, un jeune réalisateur qui amènera la production du wu xia pian dans ses derniers retranchements au cours des années 90. Il crée alors un cinéma de moins en moins chinois et de plus en plus proche du "blockbuster" américain. Des films ou les chevaliers sont devenu des jeunes délinquants irresponsables : "Legend of speed", ou bien de jeunes apprentis chevaliers irresponsables "A Man Called Hero".
 
   
Ce dernier film boucle le cercle. Le chevalier "Hero Chua", et oui " il s'appelle Hero" devient un héros de l'émigration chinoise aux USA au début du siècle en subissant un parcours de rédemption, et de privation. Pour finir par se battre sur la "statue de la liberté" (créé en image de synthèse/ donc pleine de symbolisme) avec un maître Japonais qui après s'être rendu aveugle a tué toute sa famille, "afin de ne pas avoir à respecter une tradition chevaleresque".
Alors se dessine à tout jamais les deux voies du chevalier : ascendante (le délinquant qui devient chevalier) et descendante (le chevalier qui meurt pour la cause).
Au cours des ans les films de Hongkong ont gagné en maturité, les scénarios deviennent plus étoffés, les personnages gagnent en profondeur, et le film d'action devient un film culte, d'auteur.
La rétrocession ayant fait fuir ces artisans majeurs, le cinéma hongkongais est obligé de partir à l'assaut de l'étranger : " Hidden Dragon, Crouching Tiger " de Ang Lee en est le meilleur exemple, Wong Kar Wai ayant ouvert la voie avec ses différents succès lors des derniers festivals de Cannes.

Le Wu Xia Pian est la forme la plus pure du cinéma Chinois, il a su évoluer et se moderniser, et trouver un public de plus en plus large. Sa structure subit des reformatages incessants, mais n'en reste pas moins identique depuis sa naissance : linéaire dans sa structure scénaristique ce qui permet un succès commercial et donc populaire de par sa simplicité, respectant toujours le combat chevaleresque et martial.

Ce genre évolue au fil du temps et des modes afin de mieux coller à son public, ce genre est immortel car les valeurs du chevalier sont spirituelles, plus que politique ou empreintes de religion. Le western par exemple n'est que le reflet d'une époque, d'un moment de l'histoire américaine.

"Le wu xia pian transporte tout un pan de la culture et de la philosophie chinoise. Une autre raison est que le film d'aventures est toujours un genre très populaire à Hong-Kong et le seul genre qui soit typiquement chinois (contrairement aux films d'actions contemporains inspirés du cinéma américain) est le wu xia pian."

- Daniel Lee
réalisateur de "what price survival" considéré comme une des meilleures adaptations modernes du chevalier manchot.


"le wu xia pian est un genre qui restera , il est immortel !"

- Chang Cheh
réalisateur de "La Rage du Tigre" considéré comme une des meilleures adaptations anciennes du chevalier manchot.


Ses personnages évoluent, de maître à délinquant. Sa structure elle pourtant reste linéaire, pure, le combat chevaleresque reste le principe du film. L'action héroïque qui vient souligner le drame (cf.: the killer, beyond hypothermia ), ces personnages aussi restent des chevaliers quel que soit l' époque ou leur statut. Le wu xia pian garde une structure linéaire au niveau scénaristique afin de pouvoir "simplement" mieux l'adapter aux modes, le personnage lui subit une mutation, ou plutôt une transposition afin de mieux coller à son époque
Le wu xia pian est le film chinois, film interdit en chine populaire car jugé trop décadent, mais qui perdure malgré la rétrocession. Ce genre populaire resta aussi malgré l'évasion en occident (principalement aux USA) de ses meilleurs artisans modernes. Le wu xia pian film profondément encré dans la culture chinoise obtient ainsi une identité internationale, avec des films comme "Heat" de M. Mann (qui fait référence à OCTB), ou "Volte Face" de John Woo. Le dernier film d'Ang Lee " Crouching Tiger", en est le meilleur exemple de récupération par les studios Hollywoodiens du genre, qui ne peuvent toujours pas faire de wu xia pian sans une équipe technique, des auteurs, des acteurs, bref des artistes asiatiques; tellement le wu xia pian est un genre exclusivement dominé par les chinois (même si le réalisateur est taiwanais).
 
   
Ce genre reste classique, subissant répétitivement des transformations qui ne font que le ramener à sa structure littéraire, son fondement. Le personnage évolue, se transmute mais reste dans le fond un chevalier. C'est cela qui rend ce genre immortel et c'est ce que je vais tenter de démontrer dans mon mémoire malgré les contradictions historiques, les mutations engendrées au fils du temps, ses revirements, ses rebondissements. Le wu xia pian est resté identique malgré tout et envers tout et c'est ce qui en fait un genre unique. Le cinéma d'horreur, le western, la nouvelle vague ou le dogme disparaissent et renaissent pour mieux mourir.

Le wu xia pian est immortel, car encré dans une culture, en y faisant la représentation la plus majestueuse.